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L’oraison, échange d’amour : tout est dit dans ces mots. C’est tout l’être vivant que je suis, qui se porte, avec toutes ses puissances mais aussi ses faiblesses, son poids de péché et ses désirs de sainteté, à la rencontre de Dieu Amour toujours en activité pour se donner.
Il est là ! Et je le cherche dans la nuit de la foi, sachant bien que ni ma sensibilité, si versatile, ni même mon intelligence armée de ses seuls raisonnements, ne suffiront à l’atteindre, lui, Dieu, dans son Etre d’amour. Mais, comme la femme malade de l’Evangile qui veut, de tout son être, toucher Jésus, je tends vers Lui. Avec la force de ma foi qui l’atteint aussi certainement et le fait tressaillir. Avec le cri de mon espérance qui attend tout de Lui et accepte de rester en sa présence, silencieux et mendiant, comme un pauvre enfant pécheur et pardonné. Avec, plus que tout, le désir de mon amour : désir de le connaître toujours davantage, de découvrir son visage, de lui ressembler peu à peu. Désir qui se transforme petit à petit en acceptation de son Don à lui. En réceptivité de plus en plus offerte au torrent de son Amour, qu’il veut répandre à pleins flots en celui qui s’abandonne entre ses mains.
Il est là ! Et ma prière se fait simple regard dans le silence. Tout mon être apprend à s’apaiser, dans l’attitude de mon corps, dans le calme de mes pensées que je nourris d’une parole de Jésus dans l’Evangile, "Je suis venu allumer un feu sur la terre…", ou d’un cri du psalmiste "Ô Dieu, crée en moi un coeur pur !…" Le regard de ma foi, telle une antenne qui se dresse, demeure, attentif et patient, pour capter les ondes de l’infini. Inlassable quête, que ne rebutent ni les distractions ni l’agitation, ni surtout l’obscurité et l’apparente absence de Dieu : il ne paraît se cacher "dans le secret" que pour m’attirer à le chercher plus profondément. Oui, je crois à la puissance du don qu’il m’a fait, je crois en la puissance de ma foi, je crois qu’il est là et me cherche lui-même avec infiniment plus d’amour.
Il est là !
Et le temps que je lui donne chaque jour dans l’oraison
devient comme la respiration de mon être profond, le souffle vital dont je ne saurais me passer. Il est là , et mon amour le cherche aussi, en dehors de ce temps de l’oraison, comme un ami très cher dont la pensée revient constamment à mon coeur.
Il est là , et cette joyeuse certitude ne peut rester enfermée dans mon coeur : il me faut la communiquer autour de moi, faire connaître cette Bonne Nouvelle à tous ceux qui tâtonnent dans la nuit. Il est là , qui désire se communiquer : je voudrais tant lui faire la joie de lui amener les brebis qui errent sans berger.
Il est là ! Dans cette foule que je côtoie dans l’ordinaire des jours, foule du métro, des magasins, de l’immeuble. Il est là mais tellement discret, inconnu, méconnu. Puisque je me sais porteur de Sa présence, là -même je l’appelle instamment : "Je t’en supplie, que ma simple présence silencieuse permette Ta présence créatrice. Que mon pauvre être opaque devienne, par Toi, transparence de Ta lumière. Que mon cri d’intercession ouvre les coeurs qui T’attendent sans le savoir, que Tu habites sans qu’ils le soupçonnent".
Il est là ! Et ma parole peut aussi le révéler, si elle porte la saveur de l’expérience, l’écho d’une intimité réelle avec mon Seigneur. Si l’Evangile porteur de vie s’incarne soudain, en vérité, dans telle situation concrète où mes mots le traduisent, où mes gestes portent sa marque.
Il est là ! Et, si souvent, je me sens totalement impuissant à en porter témoignage auprès de tous ceux que je voudrais atteindre. C’est l’heure alors de l’espérance du salut. Et je reviens vers Dieu dans l’oraison, avec un besoin plus ardent et plus profond. Car au-delà de ma propre soif, me voici chargé de celle de tous ces frères liés à ma grâce dans le dessein de Dieu. C’est l’heure de la prière suppliante qui s’identifie à la prière de Jésus Sauveur, la prière ardente et douloureuse qui purifie et qui sauve.